Un drame vient de confirmer ce que jusqu’ici les Argentins ne faisaient que soupçonner : la police et la justice de leur pays sont incompétentes.
Tout a commencé par le banal départ en weekend d’une famille lambda un samedi soir de la mi-novembre dans la banlieue de Buenos Aires. Elle n’est jamais arrivée à destination. Il a fallu plus de trois semaines à la police pour localiser, grâce à un ouvrier agricole, l’épave du véhicule retourné et les corps de toute la famille, dans un bosquet en bordure d’une route de la pampa, celle-là même que leurs proches avaient indiqué comme leur itinéraire habituel.
Entre temps, la police avait juré avoir ratissé et survolé toutes les routes que la famille aurait pu emprunter, et ne trouvant « rien », juge, enquêteurs et journalistes se sont fait un film. La vie de la famille a été fouillée, salie, et étalée sur la place publique. Violence conjugale, pédophilie, tout y est passé, tout ce beau linge frétillant de plaisir en se roulant joyeusement dans ses fantasmes sordides tellement plus séduisants que les conclusions logiques du plus élémentaire bon sens.
Oui mais voilà, la famille avait tout simplement fait un tonneau et faute de ceintures de sécurité, tous éjectés par le choc, ils sont morts. La maman a semble-t-il survécu, quelques heures, voire quelques jours, avant de rendre l’âme à quelques mètres des corps de ses fillettes, sur le corps de son mari auprès duquel elle s’était traînée, et sans que jamais sans doute la police n’ait effectué le moindre ratissage de la zone. Et que dire de cette juge qui a attendu deux semaines pour vérifier les mouvements sur les comptes bancaires des conjoints !
Voilà qui jette une toute autre lumière sur bien des affaires ayant fait la une des médias argentins. Que penser par exemple du non-lieu tout frais prononcé au bénéfice de la présidente et de son ex-président de mari dans une affaire d’enrichissement personnel ? Et que dire de ce juge qui disposant en tout et pour tout d’un profil ADN incomplet (comprendre mal prélevé) « d’un homme de la famille du mari de la victime » a inculpé de viol et d’assassinat le propre fils adolescent de la pauvre femme ? Sans parler de la disparition d'un témoin clé dans un procès lié à la dictature, ou bien encore celle de cette fillette volatilisée dans un camping.
Pendant longtemps j’ai cru les Argentins victimes de leur histoire – péronisme et dictature – et de leur classe dirigeante corrompue. Mais plus le temps passe et plus le bon sens m’indique qu’après tout, les citoyens de ce pays ne sont victimes que d’eux-mêmes et de leurs propres accommodements individuels avec la morale.
L’imagination des délinquants est sans limite.
Parce que la pauvreté s’accroît à mesure que le tissu social argentin se rétracte - c’est à dire à la vitesse de la marée descendante au Mont Saint Michel - les faits d’arme des délinquants argentins constituent un catalogue chaque jour plus effrayant. Le nombre de personnes abattues sur le pas de leur porte ces dernières semaines par des voleurs de voitures mineurs totalement intouchables en est une preuve parmi d’autres.
Un autre délit est à la mode à Buenos Aires depuis déjà plusieurs mois : le secuestro virtual, c'est-à-dire l’enlèvement virtuel. Les cerveaux en sont paraît-il des détenus, car un téléphone
cellulaire et un complice en liberté suffisent à le commettre.
D’une part, l’enlevé virtuel reçoit un appel sur son cellulaire. La compagnie de téléphone lui demande de couper son téléphone pour une opération de maintenance. S’il obéit, il devient donc injoignable.
D’autre part, un proche de l’enlevé virtuel reçoit un coup de fil affolant. Les scénarios sont multiples. Parfois c’est la police qui annonce qu’un grave accident est arrivé mais très vite les menaces arrivent. Entre autres celle de torturer (ou pire) la personne soi-disant enlevée si l’on tentait de la joindre sur son cellulaire.
En contrepartie de la libération de la personne en question, il faut aller déposer une certaine somme d’argent et tous les objets de valeur dans un lieu qu’on vous indique, où un complice passera les récupérer. Lorsque le proche rejoint son domicile ou téléphone le plus naturellement du monde et qu’il dit qu’il n’a jamais été menacé, il est trop tard pour récupérer ce qu’on a naïvement trop vite donné.
Bien des gens s’y sont laissé prendre, puis les autorités ont donné une certaine publicité à l’arnaque et aux mesures prises dans les prisons, si bien que plus grand monde ne s’y laisse prendre. Sauf, entre autres, les familles expatriées pas encore au fait de l’imagination et de l’ampleur des complicités dont bénéficient les délinquants en Argentine. Deux familles françaises en ont été victimes ces dernières semaines, sans conséquence grave heureusement, mais dans les deux cas, il était évident que les auteurs des appels étaient très, très bien renseignés, et jouissaient manifestement de complicités y compris dans l’administration, rendant leurs menaces particulièrement crédibles.
Ce qui est finalement le plus inquiétant, et le plus révélateur de l’état du pays.
Un couple d’homosexuels argentins cherche à obtenir des tribunaux le droit de se marier. Les rebondissements
dans un sens puis dans l’autre se succèdent sous forme d’arrêts d’une juridiction, puis d’une autre, sans parler des recours déposés par les avocats de la Ville de Buenos Aires, puis par ceux du
couple… On s’y perd entre qui est qui, qui est pour, qui est contre, qui est compétent pour décider.
C’est le bazar médiatique et juridique !
Pour ajouter à ma confusion, les deux militants du mariage homosexuel n’apparaissent dans les médias que portant autour du cou une large écharpe rouge identique à celle que l’on associe désormais
à la lutte contre le SIDA. Enfin, derrière le couple, sont toujours ostensiblement présentes deux ou trois dames âgées à la tête recouverte du foulard blanc des Mères de la Place de Mai.
Si je persiste à n’y rien comprendre, en revanche la situation reflète le typique mélange des genres à l’argentine : idéologiquement parlant, plus personne n’y retrouve ses petits !
Comme chacun sait, le onze français s’est qualifié de manière discutable pour le Mondial sud-africain de l’an prochain. Chacun sait aussi que c’est par un autre but de la main, de Maradona, que l’Argentine avait en 1986 remporté les quarts de finale de la Coupe du Monde, avant de remporter la Coupe elle-même quelques jours plus tard. Les Argentins, qui mettent Dieu à toutes les sauces, sont totalement convaincus de l’intervention du Très Haut en leur faveur sur le stade ce jour-là : la fameuse "mano de Dios".
Mais…
Mais quand le onze français s’est qualifié de si piteuse manière la semaine dernière, l’ensemble des médias locaux faisait chœur pour faire remarquer, preuve à l’appui, que l’Argentine ne détenait pas le monopole de la tricherie, dans un pays où frauder est un mode de vie.
Et la volonté de Dieu dans tout ça ? Plus personne n’en parlait !
« Certaines femmes font le choix d’avoir davantage d’enfants et d’être inactives », dixit l’Insee.
Franchement, aucun de ces brillants cerveaux de statisticiens et sociologues n’a trouvé d’autre mot qu’"inactives" pour expliquer que certaines femmes délaissent volontairement le travail rémunéré ? Merci à ces gentils fonctionnaires de cultiver dans la société française les clichés sexistes réducteurs et dévalorisants !
C’était à table dimanche midi. Comme souvent, Frère Aîné (19 ans) donnait dans
l’asticotage et avait décidé de faire hurler Petite Sœur (10 ans) en faisant mine de refuser de partager avec elle la dernière portion de pizza dont elle voulait aussi.
Petite Sœur a commencé par entrer dans son jeu, avant de se raviser :
- Mais oui, comme tu veux, prends toute la pizza si ça te fait plaisir !
Et Petit Dernier (8 ans) de commenter :
- Tu as raison de parler à ton grand-frère comme si c’était ton petit frère !
Le grand dadais en est resté comme deux ronds de flan.
Ce qui m’étonne et me révolte le plus, finalement, c’est que des femmes intelligentes s’autocensurent et acceptent sans broncher cette domination tous azimuts. C’est normal, semble dire leur silence face aux discriminations évidentes et aux propos sexistes.
Voilà une publicité dont l’Argentine se serait sans doute bien passée. Au journal de 20h de France 2 du lundi 16 novembre, alors qu’il est question de la faim dans le monde, ont été diffusées les images du pillage par des indiens d’un hangar plein de nourriture dans la province argentine du Chaco. Sous la présidence de Cristina Fernandez de Kirchner qui se veut la réincarnation d’Evita Peron, cela fait légèrement désordre. Sans parler de la luxueuse « Fiesta de Quince » (fête des 15 ans, sorte d’entrée dans le monde) offerte à sa fille en début d’année par le gouverneur du même Chaco.
450 000 morts de faim en dix ans en Argentine, le grenier de l’Amérique du Sud, avance le journaliste. C’est 1% de la population.
Je mettrai ma main à couper que c’est parce que pour les Porteños, il n’y a là que des « negros » sans intérêt. C’est comme ça qu’à Buenos Aires la blanche, on nomme ceux qui ont la peau mate : indigènes, boliviens, bonnes paraguayennes, jardiniers péruviens, etc.
D’ailleurs, si Maradona n’en était pas lui-même un, de ces « négros » si souvent méprisés, s’en serait-il pris de manière aussi grossière aux journalistes qui l’avaient tant décrié avant que le 11 argentin ne se qualifie in extremis en Uruguay pour le Mondial ?
Décidément, je ne fais
que râler.
Avez-vous remarqué que moins ils s’y connaissent, plus les gens s’autorisent des avis péremptoires et définitifs ?
Un peu comme le chineur du dimanche qui affirme que le coucou abandonné par le grand-père dans le grenier de la maison de famille vaut une fortune quand l'antiquaire spécialisé assure lui qu'il n'y a rien à en tirer.
La gratuité est présente dans la vie de l’homme sous de multiples formes qui, souvent, ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste. (Benoît XVI)
Quand je disais que nous étions des Saintes !
La dernière petite phrase assassine en date : "Ah ! l'emploi du temps surchargé des femmes au foyer..."
(voir La Sainte )
Sur le plan de l’écriture, j’ai eu parfois du mal à m’y retrouver au milieu de tant de citations. Le témoignage, lui, à contre-courant du blingbling ambiant, est décoiffant.
Henry Quinson a quitté la haute finance il y a 20 ans pour l’abbaye de Tamié d’abord, puis pour fonder une communauté d’un genre nouveau dans une HLM de Marseille. Un genre d’appartement-monastère ouvert sur les misères de la cage d’escalier.
Dommage que Marseille soit si loin de Buenos Aires, j’irais bien rejoindre l’équipe de bénévoles !
"Mais, voilà, les grandes écoles ont aussi un lourd passif. Ces dernières années, les essais et les prises de
position critiques pleuvent contre un système qui a du mal à s'ouvrir à de nouveaux publics, qui formate et reproduit les élites, et qui mène peu de recherches. Pis, les ingénieurs formés dans
les meilleures grandes écoles d'ingénieurs ont plus alimenté ces dernières années les salles de marchés que les ministères ou les entreprises de construction ou de production. Avec les
conséquences que l'on connaît."
(extrait de Grandes écoles : un modèle en danger sur lemonde.fr)
C’est une usine qui est la raison de notre présence sur Mars. Gaston s’occupe de près de sa construction et de son démarrage depuis plus de trois ans. C’est le sprint final, ces temps-ci. On allume le feu sous la cocotte-minute géante. Il n’y a plus de samedi, de dimanche ou de nuit qui vaille.
Dans notre entourage, c’est l’incrédulité. Aux silences polis, je sens la question : comment peut-on de nos jours être assez bête pour faire un boulot où on peut vous tirer du lit en pleine nuit pour aller inspecter une vanne qui fuit ou une sonde de température mal embouchée ?
Pas très sexy, les mains dans le cambouis ! Malgré la mouise où nous ont expédiés les Golden Boys de Wall Street, le prestige du blingbling est intact !
Et on fera quoi, le jour où plus personne n’y mettra les mains, dans la crasse, pour fabriquer et produire ?
Anne Lauvergeon a fait sensation récemment en dénonçant la dictature du « mâle blanc » au sein des entreprises françaises. Pour moi, c’est un déclic. Avec quinze ans de retard, enfin je mets des mots sur la raison exacte de mon empressement à fuir, sous le prétexte du contrat d’expatriation offert à Gaston, l’emploi de cadre que j’occupais dans un grand groupe industriel : la dictature du mâle blanc, précisément. Je prétendais bosser comme un homme, avec le même salaire et la même liberté de parole, tout en étant une femme à part entière. Deux bébés et un épisode de harcèlement moral plus tard, j’ai jeté l’éponge, même si sur le coup je n’ai pas laissé gagner mes harceleurs. Depuis, échaudée, je n’ai jamais repris de travail salarié, préférant mettre mes compétences au service du bénévolat. Où je découvre en ce moment même qu’on ne se trouve pas plus à l’abri de la fameuse dictature du mâle blanc…
L’histoire de l’affection profonde qui naît entre deux femmes afghanes obligées de vivre sous le même toit et d’unir leurs forces contre le même homme : leur mari. Tant de misogynie, de violence, de bêtise, d’obscurantisme… Malgré les reportages télévisés, je ne croyais pas cela possible à ce point-là, de nos jours.
La visite à Buenos Aires du Dr Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de Médecine 2008, donne au Trait d’Union l’occasion de faire le point avec une spécialiste, sur la situation de l’épidémie de SIDA en Argentine.
Mercedes Weissenbacher est médecin. Directrice de recherches au Conseil National de Recherches Scientifiques et Techniques de Buenos Aires (le CONICET), elle travaille au sein du département de microbiologie de l’Université de Buenos Aires. C’est la seconde femme membre de l’Académie de Médecine argentine. De 1990 à 2000, elle a travaillé sur la question du SIDA pour l’Organisation Panaméricaine de la Santé (une branche de l’OMS) aux Etats-Unis et en Uruguay.
Elle s’oriente d’abord dans les années 70 vers la recherche sur le virus Junin à l’origine de la fièvre hémorragique argentine, transmise par les rongeurs aux travailleurs ruraux. Sans traitement, elle tuait 20% des quelques milliers de personnes qui la contractaient chaque année. Un sérum fabriqué à partir du sang de malades guéris permet alors de diviser la mortalité par dix. Un vaccin est ensuite mis au point, il servira de base au vaccin utilisé à ce jour. Dans les années 1980, le Dr Weissenbacher se consacre à l’étude des infections respiratoires chez l’enfant.
Au même moment, dans le monde, le corps médical est en effervescence : des hommes jeunes dont l’immunité a disparu meurent d’infections opportunistes. Le SIDA est décrit pour la première fois en 1981. En Argentine, le premier cas est recensé en 1982. Le VIH est découvert en 1983 à Paris. Il devient le virus le plus étudié au monde, et dès 1985, des tests de dépistage sont mis à la disposition des médecins.
A Buenos Aires, le Dr Weissenbacher et son équipe se mettent à travailler sur le sujet. Ils envoient à l’étranger des médecins et chercheurs et établissent les premières statistiques au sein des groupes vulnérables. La moitié des malades est alors constituée de drogués par injection, suivis des homosexuels et des prostituées. Les autorités sont peu préoccupées car la maladie n’est pas très visible. Mais l’infection se propage, car les drogués infectés contaminent leurs compagnes, qui mettent au monde des enfants séropositifs. Le premier bébé argentin séropositif naît en 1986. Très vite, on recommande de faire accoucher ces femmes par césarienne un peu avant terme pour diminuer le risque de transmission de la maladie au nouveau-né. Mais la discrimination fait rage. Le Dr Weissenbacher raconte toutes les difficultés rencontrées par une future maman séropositive pour trouver une maternité qui accepte de procéder à sa césarienne. Une fois le bébé né à l’hôpital Muñiz, aucun service de néonatologie ne consentait à s’en charger au point que le Ministre de la Santé de la Ville de Buenos Aires a fini par emporter lui-même le bébé dans ses bras d’hôpital en hôpital jusqu’à lui trouver un berceau.
A Genève, l’Organisation Mondiale de la Santé crée en 1987 le très efficace programme mondial pour le SIDA qui apporte ses conseils aux pays membres.
La transmission du virus par le biais de la transfusion sanguine est bientôt détectée. Le monde médical argentin met alors en pratique les recommandations venues de l’étranger bien avant qu’elles ne fassent l’objet d’une loi.
En 1996, à l’extérieur, la trithérapie est administrée pour la première fois à des séropositifs. Dès 1997, elle fait l’objet d’une loi en Argentine : les obras sociales et les prepagas doivent la prendre en charge. Si le malade ne dispose pas de couverture sociale, c’est l’Etat argentin qui se substitue.
La maladie touche toutes les classes sociales et tous les niveaux d’éducation. A ce jour, la moitié des Argentins séropositifs (environ 140 000 depuis 2002) ignorent leur contamination. Pourtant le dépistage est vital pour ralentir l’épidémie, puisqu’il permet, outre l’administration de la trithérapie, la prise de conscience et la diminution des comportements à risque ; car le premier mode de contamination aujourd’hui est la voie hétérosexuelle.
Le gros problème du pays se situe au niveau de la prévention, très mauvaise, voire inexistante. Elle ne donne pas de résultats visibles à court terme, d’où le peu d’intérêt montré par le pouvoir politique. Il se borne à des campagnes ponctuelles quand il faudrait lancer de vastes plans ciblés sur les groupes à risque en s’inspirant de ce qui se fait ailleurs.
Savez-vous où se trouve l’île de Niue ?
Fille du Pacifique, je croyais tout savoir en matière d’îlots, d’archipels et autres confettis du plus vaste océan du monde. Il me manquait Niue, et je ne le savais pas.
Jusqu’à ce que DHL n’y expédie par erreur des documents m’appartenant.
Tout est sans doute venu de la confusion entre un I et un O, de NIU pour Niue avec NOU pour Nouméa, d’un néo-zélandais pas trop réveillé, et hop ! Voilà mon enveloppe partie d’Auckland pour Niue par l’unique vol hebdomadaire qui dessert l’île. Comme elle n’en revenait pas, j’ai fini par m’interroger sur l’opportunité de sauter moi-même dans un avion pour aller signer en temps et en heure l’acte en question chez le notaire à Nouméa.
DHL à Buenos Aires avait bien entamé la procédure habituelle dans ce genre de situation mais n’obtenait guère d’information. Un soir, de Buenos Aires j’ai donc successivement appelé DHL à Nouméa, Niue, Auckland et Fidji. A Auckland , il était mardi midi, mardi matin à Nouméa, lundi soir à Buenos Aires, et lundi midi à Niue et Fidji. Merci DHL pour le cours de géographie !
Les nouvelles étaient encourageantes, les documents n’avaient pas été abandonnés sous quelque cocotier ni éparpillés par l’alizé comme j’avais fini par le craindre. Je n’ai pas eu à prendre l’avion et mon enveloppe est parvenue à destination en dix-sept jours au lieu de six, un peu avant la date butoir.
Depuis, le silence de DHL est assourdissant…
Un quart des élèves scolarisés dans le système français en Argentine fréquentent le collège franco-argentin de Martínez situé dans la banlieue Nord de Buenos Aires, une proportion que les moyens alloués par les pouvoirs publics français – un seul expatrié, par exemple - ne reflètent pas.
Le Collège franco-argentin de l´Alliance française de Martinez a été créé en 1964, dans le cadre de l´accord de coopération culturelle, scientifique et technique entre les gouvernements français et argentin. Il est lié à l´Agence pour l´enseignement français à l´étranger ou AEFE, par la même convention que le lycée Mermoz. Mais si celui-ci est directement géré par l’AEFE, le collège, lui, l’est au travers du Conseil d’administration de l’Alliance.
537 élèves de la maternelle au Bachillerato fréquentent actuellement l’établissement. Les enfants sont accueillis à partir de l’âge de deux ans. Ils suivent une scolarité bilingue répondant aux exigences des programmes français et argentins jusqu’à la classe de Troisième, à la fin de laquelle ils présentent le Brevet des Collèges français. A ce jour, le collège de Martinez n’étant pas conventionné pour les classes de niveau lycée, les élèves qui souhaitent obtenir le Baccalauréat français rejoignent à leur entrée en Seconde le lycée Mermoz. S’ils ne souhaitent pas poursuivre dans le système français, le collège de Martinez leur offre la possibilité de préparer un double diplôme constitué du Bachillerato argentin et du Baccalauréat International (dit aussi Bac de Genève) officiellement reconnu en France, mais pourtant méconnu. 59 élèves suivent actuellement ce cursus.
Le collège est implanté dans une banlieue résidentielle très prisée des familles. Elles trouvent dans l’établissement une école de proximité à taille humaine et participent naturellement à la vie communautaire. Les parents des élèves sont surtout des expatriés français et des argentins, représentants des professions libérales et cadres, même si on ne recense pas moins de vingt nationalités. Cette diversité se note chaque année à l’occasion du chaleureux déjeuner international organisé par l’association des parents d’élèves, particulièrement active.
Interrogé sur le message qu’il aimerait faire passer aux francophones d’Argentine, M. Jean-André Lafont, directeur du collège depuis un an, met en avant trois points.
Tout d’abord, au travers de ses contacts avec les familles non francophones qui souhaitent confier l’éducation de leurs enfants au collège, M. Lafont se dit frappé de l’aura qui entoure notre pays, sa culture et sa tradition. Pour ces parents, lire, écrire et parler le français couramment n’est qu’un but parmi d’autres objectifs aussi importants, tels que l’acquisition de nos valeurs et de notre culture, ou encore la connaissance de notre Histoire et de la pensée de nos philosophes.
Le Directeur se montre par ailleurs préoccupé par le futur de l’enseignement français à l’étranger, et tout particulièrement par celui de l’établissement dont il a la charge. Les moyens alloués par les pouvoirs publics de l’Hexagone à toute la zone Amérique du Sud diminuent d’année en année. Dans le même temps de plus en plus d’élèves français de Seconde, Première et Terminale – donc en Argentine, du lycée Mermoz – ne paient plus de frais de scolarité, alors que parallèlement le budget des bourses – donc pour des élèves français plus jeunes, du collège de Martinez entre autres - est réduit. Si rien n’est fait avant la rentrée de mars 2010, des familles françaises de son établissement se verront dans l’obligation de confier leurs enfants à l’enseignement public argentin en raison de la diminution de l’aide financière qui leur était versée jusqu’ici. Lors de la répartition des moyens, l’établissement de la zone nord se retrouve souvent dans la position du parent pauvre, de manière incompréhensible au vu de ses effectifs et de ses résultats. Seul le directeur a un contrat d’expatrié, c’est-à-dire entièrement pris en charge par l’AEFE. De plus, à l’encontre de tous les usages, le collège assume complètement la charge financière de deux de ses six enseignants résidents, alors que l’AEFE devrait en compenser au moins une partie. Il a donc encore plus de mal à joindre les deux bouts que bien des établissements frères. Sans les subventions ponctuelles, par exemple du Sénat dernièrement suite à la visite d’un groupe d’élus, l’établissement se trouverait dans l’incapacité totale d’investir. L’objectif – qui semble élémentaire de nos jours - d’un ordinateur dans chaque salle de classe, n’est pas encore atteint !
Pour terminer et pour témoigner du dynamisme de son établissement malgré les difficultés matérielles, M. Lafont met en avant un projet qui lui tient à cœur. Il est actuellement développé par le Bureau de la Vie Scolaire du collège autour de l’éducation à la citoyenneté et au respect de l’environnement. Consultés au travers de leurs délégués de classe, les élèves du Cours Préparatoire à la Troisième ont mis au point une liste de quinze actions à leur portée pour économiser l’eau et l’énergie, chez eux et à l’école, et moins polluer leur environnement. Ils s’engagent individuellement et par écrit à y être attentifs. L’opération est déjà un succès puisque de nombreux élèves ont franchi le pas comme en témoigne le compteur disposé dans la cour. Le Directeur espère que les parents, déjà très présents dans la vie de l’établissement, s’enrôleront prochainement à leur tour dans une action similaire.
Tous les professeurs de danse crient pour se faire entendre par-dessus la musique. Aussi, ce n’est pas le ton de la voix de Christine Versé qui surprend quand on franchit la porte de son studio, mais qu’elle corrige ses élèves en trois langues. Comment une danseuse belge qui parle anglais sans accent ouvre-t-elle une école de danse classique, fréquentée par les expatriés de toutes origines et les Argentins, dans la banlieue nord de Buenos Aires ? Paradoxalement, par amour du tango.
Christine Versé passe sa jeunesse à Bruxelles, entre un institut religieux et l’Ecole de Lilian Lambert où elle étudie la danse classique. On est loin des milongas. Elle délaisse un temps la danse pour poursuivre ses études de langues à Londres puis Madrid, avant de rejoindre Washington en 1971. Elle s’y forme à la danse contemporaine avant de s’envoler en 1980 vers Los Angeles où vivent sa sœur et le mari argentin de celle-ci. Elle y travaille huit ans. Au milieu des années 80, son beau-frère et sa sœur déménagent à Buenos Aires. Christine hésite, puis en 1988, décide de les suivre.
Entre temps, Christine avait été fascinée par le spectacle Tango Argentino de Claudio Segovia et Hector Orezzoli. Elle arrive donc à Buenos Aires à un moment où, comme au début du siècle, l’intérêt pour le tango est relancé par le succès qu’il connaît à l’étranger.
Un jour, elle se rend dans une milonga. Captivée, Christine consacre bientôt toutes ses nuits au tango entre cours et milongas, tout en continuant à enseigner la danse classique dans la journée. Elle se passionne et suit les enseignements de différents professeurs, prend des cours particuliers et apprend le rôle du partenaire masculin. En 1991, un imprévu la conduit à organiser une série de stages de tango à Bruxelles. C’est un tel succès qu’aujourd’hui encore, chaque année pendant les grandes vacances argentines, elle retourne dans l’école de danse de ses débuts pour apprendre le tango aux bruxellois.
En 1992, se crée à Buenos Aires le Centro Educativo del Tango de la Ciudad de Buenos Aires. Christine Versé fera partie de la seconde promotion. Pendant cinq ans, trois soirées par semaine, elle étudie tout ce qui se rapporte au tango, histoire et technique, mais aussi histoire de l’Argentine, sociologie, poésie, etc. Elle enseigne toujours la danse classique, à l’Instituto Universitario Nacional del Arte où elle donne encore classe à ce jour.
Elle met le pied en zone nord en 1996 quand l’école Lincoln cherche un professeur de danse parlant anglais. Elle ouvre bientôt son premier studio à La Lucila. Sa rencontre avec Daniela Aimar Baud et un déménagement forcé la conduiront à fonder en 2001 La Danse and More à San Isidro. On y enseigne la danse classique et le jazz dance. Mais le samedi après-midi, c’est tango.
L'Argentin Juan Martin Del Potro gagne l'US Open de tennis ?
A Buenos Aires la presse titre : "Les plus grands joueurs du monde félicitent Del Potro."
La Patrouille de France est de passage sur les rives du Rio de la Plata ?
Un journaliste de télévision demande en direct à l'un des pilotes français : "Que pensez-vous des pilotes argentins ?"
Ainsi va l'Argentine.
(voir Ce n'est pas moi qui le dis )
Conduire à Buenos Aires s’avère un exercice infiniment pittoresque ou carrément effrayant, selon que l’on soit d’un naturel philosophe ou non. Pour ma part je m’illusionne avec obstination dans le genre Robin des Routes, qui entend rééduquer le chauffeur argentin Lambda à grands coups de klaxon.
Il faut dire que la priorité à droite semble une vue de l’esprit et les feux rouges sont optionnels. Pour ce qui est des panneaux de limites de vitesse, ils ne servent qu’à la décoration. Les piétons n’ont aucun droit, même quand un feu leur donne apparemment la priorité. Quant aux vélos, ils n’ont ni droit ni devoir. Ils roulent en général à contre sens ou du mauvais côté de la route, et souvent les deux à la fois.
Il vaut mieux ne pas compter sur la police dont les véhicules enfreignent régulièrement les règles les plus élémentaires du code de la route. Et lorsque sous la pression subite et éphémère du pouvoir politique, elle organise des opérations de répression, les agents se positionnent dans la circulation de manière à créer un danger encore plus grand que celui auquel ils entendent remédier.
C’est que l’Argentin moyen confond, au volant comme dans la vie quotidienne, mettre des limites et réprimer. De même qu’on peut faire une soirée dansante, sono à fond, dans son jardin
jusqu’à 5h du matin ou laisser son chien aboyer toute la journée dans une maison vide, on renfile les sens interdits et on bouscule les piétons.
A la décharge des Argentins, l’histoire leur a souvent démontré que non seulement ils ne pouvaient faire confiance à leurs pouvoirs publics pour les protéger, mais encore qu’il était sage de s’en
méfier. Cela me saute très concrètement aux yeux chaque fois que je passe par ce grand rond-point tout près de chez moi.
Comme sur les nôtres, sont sensés avoir la priorité ceux qui roulent sur la chaussée circulaire autour de l’îlot central. Or, malgré l’abondante signalisation en place, les véhicules rentrent sur le rond-point sans regarder, pour piler net à la hauteur de l’entrée suivante et laisser la priorité aux nouveaux entrants. Le résultat est imparable : sensé fluidifier la circulation, le rond-point crée un embouteillage pire encore que des feux tricolores classiques. Quant à ceux qui comme moi autrefois tentent de respecter la signalisation en place, ils se font putear (traiter de tous les noms). Maintenant j’évite ledit rond-point, c’est mieux pour ma santé nerveuse, et ma santé tout court.
Sur l’échelle du pire, les petites voitures noires et les grosses 4x4 sont proches du sommet. On sent que leurs conducteurs ne se situent pas au même niveau que le commun des mortels. Ce sont eux qui grillent les feux rouges, bousculent les piétons et slaloment à grande vitesse d’une file à l’autre sur les avenues encombrées.
Mais, plus surprenant, j’ai maintes fois vérifié qu’une autre catégorie de chauffards, de chauffardes devrais-je dire était à redouter : les vielles dames distinguées qui conduisent sans lunettes, par coquetterie j’imagine. La poitrine plaquée contre le volant de guimbardes à peine plus récentes qu’elles, elles klaxonnent tout ce qui bouge en faisant de brusques écarts, incapables qu’elles sont d’évaluer correctement les distances.
Dans ce pays, la notion de bien commun n’existe pas. Alors pour le concept de mise en danger d’autrui, prière de repasser dans un siècle ou deux !
La Sainte avait un métier sur Terre, une carrière brillante même. Un jour on a proposé à Gaston un poste d’expatrié. Enchantée que le faible coût de la vie sur l’autre planète et les
clauses du contrat de Gaston lui permettent comme elle en rêvait d'arrêter de courir toute la journée et de se dévouer enfin totalement à ses rôles d’épouse et de mère, elle a tout planté pour
déménager sa tribu sur Vénus, puis Mercure deux ans plus tard et aujourd’hui Mars.
Chaque fois, c’est la même musique : langue, horaires, habitudes alimentaires, climat, calendrier scolaire, etc. il faut tout réapprendre. Elle devient experte dans l’art de
l’emballage-déballage express et une championne de l'adaptation, vu que les boîtes de relocation payées par la boîte promettent monts et merveilles et se montrent incapables de
les fournir.
Une fois installée sur Mars, les heures s’écoulent parfois lentement quand les Chérubins sont à l’école et Gaston au bureau, alors elle s’inscrit à un cours de peinture sur soie ou bien elle rejoint d’autres Saintes qui vont enseigner le Terrien en prison ; ou alors elle devient présidente du club Bienvenue sur Mars. Qu’elle soit l’organisatrice en chef du catéchisme en Terrien ou qu’elle gagne trois cacahuètes à donner un coup de main à la librairie terrienne, d’aucuns y voient la preuve qu’elle mène une vie de Princesse désœuvrée. Alors les services qu'elle rend à ceux qui eux, travaillent dur, ne suffisent jamais. « Vous n’avez qu’à prendre tous les enfants à la sortie de l’école et les faire jouer en attendant… »
Un samedi matin d’hiver, seule avec les Chérubins dans les pattes, et préparant à déjeuner pour Gaston et deux collègues de passage qu’il a invités, la Sainte se retrouve à éponger le sous-sol inondé parce que le proprio remet depuis un an l’achat et la pose d’une babiole de deux sous. Lorsqu’enfin il ose se pointer et règle le problème en dix minutes, elle se montre délibérément odieuse. Elle en a ras-le-bol d’être la victime des conflits entre le proprio qui exige un loyer astronomique et la boîte qui paie en retard tous les mois. Encore un qui dira que décidément ces Princesses terriennes ne sont que des hystériques !
Elle n’est plus que la maman des Chérubins et la femme de M. Gaston, elle qui a rencontré son homme sur les bancs de la Grande Ecole et qui le devançait dans le classement de sortie. Elle se lève à 6h tous les matins pour tenir compagnie à Gaston qui part à l’usine aux aurores, sans recevoir en contrepartie de bulletin de salaire plein de zéros en fin de mois.
Elle est capable de se contenter d’être fière par procuration des promotions successives de Gaston qui se donne à fond, vu qu’il est libéré de tout souci domestique, comme des bons bulletins scolaires des Chérubins. A condition que de temps en temps on lui dise merci. Alors quand une année Gaston et les Chérubins ont oublié son anniversaire, elle en a pleuré pendant trois jours.
Ce que la Sainte redoute le plus, c’est le jour où il faudra rentrer sur Terre et retrouver un emploi « normal ». Elle aura beau avoir appris quatre langues, et pratiquer avec sa tribu - comme Monsieur Jourdain la prose - la communication émotionnelle et le coaching de vie sans avoir jamais suivi de séminaire au nom ronflant, on lui fera comprendre qu’une Princesse n’a rien à faire dans cette boîte.
Elle se console en pensant au jour où, de son nid, s’élanceront dans la vie plusieurs grands jeunes gens sains de corps et d’esprit, citoyens du monde multilingues et prêts à se rendre utiles à leurs semblables. Rien que pour ça, elle trouve que sa vie vaut le coup d’être vécue. Et malgré tout ce qui précède, elle ne donnerait sa place pour rien au monde.
Je dédie ce billet à toutes les Saintes, mes sœurs, mes compagnes, les Femmes d’Expat.
Elle ne fait rien de ses dix doigts.
Vu que sur Mars les salaires sont extraordinairement bas, elle peut enfin s'offrirl’employée de maison, la Perle dont elle a toujours rêvé quand elle vivait sur Terre, qui travaille à temps complet et dort sur place. La Princesse n’a même plus à préparer le petit-déjeuner de Gaston et des Chérubins. La gouvernante-nounou-cuisinière-femme de ménage fait tout dans la maison. Alors la Princesse se lève quand ça lui chante, elle passe sa vie en restos avec d’autres Princesses, rendez-vous chez le coiffeur et l’esthéticienne, séances de yoga suivies de farnientes sur le bord d’une piscine, virées chez les antiquaires, cafés mensuels du club terrien Bienvenue sur Mars etc.
Quinze ans d’expatriation m’ont appris au moins une chose : la Princesse n’est qu’un mythe, un fantasme, très en vogue chez les jaloux notamment.
La Désenchantée et son mari en ont rêvé pendant des années, de quitter la Terre pour quelques temps pour s’expatrier sur Mars. Ils avaient envie de voir le monde, d’élargir leur horizon et celui de leurs enfants, d’apprendre et de parler couramment une langue étrangère.
Aussi, quand l’opportunité s’est présentée, ils ont plié leur vie terrienne en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, pour se précipiter sur Mars.
Mais à l’arrivée, une fois passée l’euphorie des premiers moments, le désenchantement domine. Leur erreur ? Avoir dédaigné tous les conseils de prudence.
Ainsi Gaston est toujours payé en dollars terriens sur un compte terrien. Ils ne seront donc jamais considérés comme résidents sur Mars. Conséquences :
Le coût de la vie sur Mars est réputé trois fois moins élevé que sur Terre, mais la Désenchantée ne savait pas que c’était pour les Martiens.
On rencontre parfois la Désenchantée dans un Morning Coffee du club terrien, c’est elle qui enquête minutieusement (mais un peu tard…) sur les clauses du contrat de votre-Gaston-à-vous.
On peut aussi faire sa connaissance dans une réunion de parents d’élèves de l’école terrienne. Furieuse que le directeur refuse d’organiser les-cours-de-Jupitérien-antique-obligatoires-sur-Terre-en-2ème-année à cause de l’horaire déjà surchargé par les cours de Martien, c’est elle qui vous agresse quand vous lui suggérez d’avoir recours aux cours par correspondance : « Mais c’est hors de prix ! Tout le monde n’a pas comme votre mari un salaire indécent ! »
Il ne reste plus à la Désenchantée qu’à tenter de faire contre mauvaise fortune bon cœur, si elle en a l’énergie, et à tenter de voir les quelques moins mauvais côtés de sa situation, en attendant la fin – s’il en a une… - du contrat de Gaston.
Note : les sites internet spécialisés regorgent d’informations sur la question, et les candidats à l’expatriation qui atterriraient sur cette page auraient intérêt à faire des recherches poussées avant de s’engager, eux et leur famille.
Lorsqu’on est bleu en la matière, on a certes des scrupules devant l’addition que représentent les différentes clauses du contrat. Cependant, les entreprises qui expatrient du personnel ne sont pas des sociétés de philanthropie : elles investissent, parce que ça leur rapportera… Les grandes entreprises ont le plus souvent des services spécialisés, des grilles de calcul, des clauses types suivant les pays, etc. Aux petites, il faut parfois tout apprendre, et notamment que s’expatrier n’est pas du tout, mais alors vraiment pas du tout, partir en vacances prolongées, même si la destination est Tahiti : je sais de quoi je parle, c’était notre premier contrat !
Je la croise dans un « morning coffee » du Ladies Club du coin, quelque part sur Mars :
- Alors, vous déménagez bientôt, ou bien le contrat de ton mari va être renouvelé ?
- Pas de nouvelles pour le moment, mais je suis sûre qu’on va le rappeler au Siège.
On se perd de vue, et on se retrouve dans les mêmes circonstances deux ans plus tard :
- Vous êtes toujours là ? Je vous croyais rentrés sur Terre.
- Non, finalement le Siège l’a supplié de rester encore un peu. On a accepté, il n’y avait vraiment personne pour prendre la relève, tu sais comment ça marche, ici…
- Et alors, le deuxième contrat se termine bientôt, non ? Vous faites quoi ?
- Cette fois c’est sûr, il faut qu’on le rappelle au Siège. Dix ans d’expat, ils ont besoin de lui là-bas maintenant !
On se re-perd de vue et je re-tombe sur elle au cours d’une Charity Fair sur Vénus.
- Ca alors, mais vous êtes ici maintenant ?
- Non, non, on est juste en vacances chez des amis, les Machinchose, tu les connais non ?
- Ah oui !
- On est venu acheter les cadeaux de Noël, voir le médecin et respirer l’air de la société de consommation parce que Mercure, c’est pas tous les jours drôle !
- Ma pauvre ! Vous y êtes pour combien de temps encore ?
- On déménage dans six mois.
- Et vous allez où cette fois ?
- On ne nous l’a pas confirmé, mais on l’a bien fait comprendre à Gaston : il sera sûrement rappelé au Siège !
(Je jure que j’exagère… à
peine !)
Dès son arrivée sur Mars, l’Assimilée veut vivre comme les Martiens, manger Martien, parler Martien, lire Martien, s’habiller Martien et d’une manière générale adopter toutes les habitudes des Martiens, même les pires comme griller les feux rouges (la bonne excuse : « Mais tout le monde le fait ici ! ») ou ne pas déclarer sa femme de ménage (la bonne excuse : « Mais personne ne le fait ici ! »)
Quand on l’invite à un Morning Coffee du Ladies Club terrien du coin, l’Assimilée réplique – pas toujours très gentiment - qu’elle n’est pas venue sur Mars pour tomber encore sur des Terriennes.
L’Assimilée se met à parler Martien avec son mari et ses enfants, pour ne pas leur surcharger le cerveau (elle-aussi). Tête des Martiens en entendant l’accent et les fautes ! Tête des grands-parents terriens venus en vacances et incapables de communiquer en Terrien avec le dernier-né de la famille !
L’Assimilée écoute à longueur de journée la musique martienne que l’on écoute sur Terre mais persiste à ignorer que pour les Martiens, elle est du dernier ringard.
L'Insatisfaite et l'Assimilée cohabitent en chaque femme d’expat.
Ainsi on peut : d’une part apprendre méticuleusement à nouer le longyi (sarong) birman (et à Gaston aussi), le porter crânement dans les soirées expat (Gaston aussi, en jupe !) ;et d’autre part fuir Mars-Rangoon dans les trois mois, vaincue par les odeurs puissantes du marché dont les étals de viande surveillés au chasse-mouche par des matrones aux mains douteuses semblent aussi éloignés des rayons aseptisés de nos hypermarchés que le Soleil l’est de Pluton.
Il y a trois ans qu'elle est sur Mars, et pourtant, l'Insatisfaite :
- refuse d’apprendre la langue martienne, même juste quelques mots. Trop dur. Et puis ici tout le monde comprend plus ou moins le Terrien. Alors il lui faut dénicher des perles rares, du style un dentiste congolais qui parle hongrois ou une nounou thaïe ayant fait ses études au Chili. Parce que les mouflets de l’Insatisfaite non plus ne peuvent pas apprendre le Martien: ce serait leur surcharger le cerveau, à ces chérubins.
- vit en Terrien : va aux cours de gym donnés par une Terrienne, avec d’autres Terriennes, fréquente l’église des Terriens ("Désolée, j'arrive pas prier en Martien !"), et visite les musées avec le club terrien. Elle trouve également inadmissible que cette idiote de boulangère au coin de la rue ne comprenne pas un mot de la langue des Terriens.
- peste que sa confiture préférée rhubarbe-melon-coing-au-basilic-et-au-gingembre-de-la-marque-Gentille-Grand-Mère soit introuvable sur Mars. De toute façon tous les produits martiens sont nuls, alors elle rapporte même le PQ de la Terre, et en plus elle se fend chaque fois d’une longue lettre de protestation au PDG d’Air Terre parce qu’à l’enregistrement l’hôtesse a le mauvais goût de lui faire payer plein pot ses 100 kg d’excédent de bagages.
- regarde les informations télévisées de la Terre sur internet et ne consulte jamais le moindre média martien. Grèves, accidents, campagnes électorales, embouteillages, pénuries et autres avis de tempêtes ou de canicule : elle n’est jamais au courant.
- accompagne son homme, avec les enfants et Médor, au moindre voyage de travail que Gaston accomplit sur Terre. Elle part avec sa troupe trois semaines avant lui et ne revient qu’un mois après. Et elle ignore royalement les instits de ses chérubins qui osent prétendre que ça les perturbe : au prix où la boîte paye l’école !
- exige que la secrétaire de Gaston s’occupe elle-même de prendre RdV chez le pédiatre pour Chérubin et Chérubine, et qu’elle les accompagne tous les trois pour faire l’interprète.
- parce qu’elle se sent vaguement coupable de son bien-être, paye sa femme de ménage trois fois le tarif en vigueur et la traite comme sa copine. Le jour où elle quitte Mars, ne comprend pas pourquoi aucune de ses copines ne veut réemployer la perle.
- peste parce qu’il y a un écho quand elle appelle sa petite maman chérie avec Skype sur internet. Sur Mercure où elle vivait avant, il n’y avait JAMAIS d’écho. Preuve que Mars est bien une planète de nuls sous-développés.
Pourtant, le jour où elle partira de Mars, l’Insatisfaite dira qu’elle a absolument aaadoré cette planète et qu’elle va lui manquer énoooormément. Et elle décorera le salon de sa nouvelle maison sur Vénus avec toutes les breloques qu’elle a glanées au fil de ses virées chez les antiquaires martiens.
Confidence : en toute femme d’expat sommeille une Insatisfaite.
Je n’avais encore jamais rien lu d’Amélie Nothomb. D’instinct, je me méfie de ce qui est à la mode. Ses portraits en ouverture de ses bouquins, ça m’énervait plutôt. Et le genre surdoué, j’ai toujours trouvé ça suspect. “Tu ne peux pas savoir si tu n’aimes pas avant d’avoir goûté” dis-je à mes enfants. Je ne pouvais faire moins que mettre mes actes en conformité avec mes paroles. Je lis donc Ni d’Eve ni d’Adam.
“Méfiez-vous de votre première impression, c’est toujours la bonne” disait de nos rencontres humaines un vieux monsieur pour qui j’avais beaucoup d’admiration. Ma rencontre avec Amélie Nothomb, par livre interposé, vient encore une fois lui donner raison. Il n’y a qu’elle qui l’intéresse, mademoiselle Nothomb. Elle, son petit copain japonais, son érudition qu’elle ne manque pas d’étaler, son adoration pour sa sœur, les pays où elle a vécu, les langues qu’elle parle, etc. Malgré tout par honnêteté intellectuelle, je ferai sans doute l’effort de lire un jour un livre d’elle qui ne soit pas autobiographique, puisqu’apparemment son abondante production en contient de temps à autre.
Il a 7 ans et classiquement, il demande :
- Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
- Des choux de Bruxelles.
- Miam !
Pas si classique, finalement.Les hasards de la vie m’ont donné de séjourner récemment en Nouvelle-Zélande, en Argentine, en France et en Belgique.
Point commun entre ces quatre pays ?
Une publicité déclinée en trois langues et trois échantillons de personnes représentatives, pour une marque
de yaourt vendu en pots de couleur violette ; publicité qui associe le dit yaourt à un bien peu poétique ballon de baudruche qui se dégonfle. C'est l’internationale du yaourt… et de la préoccupation – toute féminine semble affirmer la pub – pour son confort
digestif.
Personnellement, la personne la plus préoccupée que je connaisse par la régularité de sa digestion est pourtant un homme.
Ce genre d’obnubilation pour l’évacuation de ses déchets est le propre (sic !) des enfants, me disait un médecin, qui dans sa pratique, y voit un signe de régression chez les personnes âgées, et un égocentrisme pathologique chez les autres adultes.
Est-ce à dire que le monde occidental est devenu un ramassis d’égoïstes qui s’ignorent (pas tant que ça) ?
Jusqu’où va se nicher le dogme contemporain de l’épanouissement personnel obligatoire !
C’est la boutique du gentleman-farmer argentin, et par extension celle où le voyageur de passage pourra se procurer quelques souvenirs couleur locale.
En centre-ville, ce sont des magasins chics. On y trouve toutes sortes d’articles en cuir de vache et de carpincho (un gros rongeur dont je ne parviens pas à traduire le nom) tels que chaussures, bottes, espadrilles, sacs, ceintures, portefeuilles, des objets en argent, ainsi que des vêtements chauds de style campagnard en laine de mouton et d’alpaca. J’aime tout particulièrement les ruanas, sortes de ponchos rectangulaires entièrement ouverts devant.
Beaucoup de ces objets sont décorés du guarda pampa, symbole géométrique provenant de la culture indigène mapuche et sensé reproduire les montagnes de la Cordillère et leur reflet dans les lacs en même temps que l’insertion de l’individu dans le monde et la société qui l’entoure. C’est en tout cas ce que j’ai cru comprendre, même si c’est sans doute beaucoup plus complexe !
Dans les talabarterias moins chics, on peut aussi se procurer du matériel d’équitation. J’aime tout particulièrement les étriers décorés et les tapis de selle en tissage coloré.
Note : L’alpaca est un camélidé de la famille du lama. Ils sont quatre cousins en Amérique du sud : le lama ou llama, la vigogne ou vicuña, l’alpaca ou alpaga, et enfin le guanaco, animal pas très malin dont on rencontre très fréquemment des troupeaux entiers postés au beau milieu des routes de Patagonie.
L’enfant terrible et son grand frère ont vieilli, leurs parents aussi, mais rien n’a changé. Il y a quelques temps, le grand frère « chanceux » qui vit toujours à bonne distance de sécurité a osé lancer à sa femme :
- J’ai décidé de ne plus me sentir responsable d’elle, ni coupable de ma soi-disant chance.
Elle a applaudi.
Secrètement il affirme aussi :
« J’ai décidé qu’ils ne me feraient plus souffrir. »
Il est si peu sûr de tenir sa résolution.
Je connais une adolescente qui fait marcher ses parents sur la tête. Elle a le don d'exploiter leur culpabilité en rapportant tout à certaines circonstances de son enfance. On dit qu’elle n’a pas de chance. Alors on lui passe tout. Jamais il n’est question de son indiscipline et de son insolence. Les parents intercèdent, négocient, paient… Sorties, fringues, gadgets, elle a tout, et plus encore.
Elle a un frère aîné : son contraire. Poli, discret, bosseur, mais malheureux comme les pierres du peu d’intérêt que lui portent ses parents. Plus il réussit, plus c’est parce que « lui, il a de la chance », moins il leur cause de souci, moins ils le remarquent.
Pour ses dix-huit ans – et son échec au bac – la gamine a eu une jolie voiture toute neuve. Le frère, écœuré de cette prime à l’enfant terrible, a pris le premier prétexte ainsi que ses cliques et ses claques, et s'est inscrit à une fac à l’autre bout de la France, pour ne plus voir ça.
(billet déjà publié il y a plusieurs mois)
Qu’est-ce que la chance ? Pourquoi certains en ont-ils, et d’autres pas ?
On dit qu’une chance se saisit. Faut-il en conclure que ceux qui n’ont pas de chance ne savent pas la saisir ? Ce ne
serait qu'une question de courage ?
(billet déjà publié il y a plusieurs mois)
L’enfant-roi mange pour son petit-déjeuner de la pâte à tartiner au chocolat sur des tranches de pain blanc américain extra-moelleux dont son papa ôte malgré tout méticuleusement les croûtes.
La maman de l’enfant-roi refuse qu’il aille séjourner chez son oncle car cet être sans cœur oblige ses propres enfants à manger leurs croûtes de pain. Quel traumatisme pour l’enfant-roi !
L’enfant-roi a un transit intestinal difficile. Sa maman achète des kiwis toutes les semaines en proclamant :
- C’est pour la constipation de mon enfant-roi ! »
L’enfant-roi – qui a largement dépassé l’âge de raison – a le droit de faire du roller au supermarché au milieu des clients et des caddies.
- Ce n’est qu’un enfant ! Ce n’est pas de sa faute s’il y a la queue à la caisse ! dit encore sa maman.
L’enfant-roi ne peut prendre le train seul sous la responsabilité d’une accompagnatrice de la SNCF pour aller rendre visite à sa grand-mère à l’autre bout de la France. Son papa préfère perdre 4 journées de RTT et le prix des billets correspondants pour faire lui-même les deux allers-retours en compagnie de la prunelle de ses yeux.
D’ailleurs l’enfant-roi ne peut jouer au foot avec ses copains dans l’impasse tranquille devant chez lui.
- Trop dangereux ! Et si un pédophile passait par là ? Les parents de tes copains ne sont que des inconscients !
L’enfant-roi, qui n’en a pas encore l’âge, veut faire une activité extrascolaire pour les plus de 13 ans. Son père lui dit :
- Ne t’en fais pas, mon enfant-roi, je vais arranger ça, c’est moi le chef !
Lorsque les parents de l’enfant-roi sont invités à dîner, ils emmènent toujours l’enfant-roi avec eux, ou alors ils refusent l’invitation. Le papa de l’enfant-roi quitte la table après l’entrée pour aller s’asseoir avec lui sur la moquette et jouer sur la super-console au dernier jeu de guerre, dont les sons de mitraillette interdisent toute conversation dans la même pièce.
Pourtant l’enfant-roi ne sera jamais heureux. Car un jour ses parents ne seront plus là pour réorganiser le monde autour de lui.
Et ce jour-là à qui en voudra-t-il ?
A ses parents de ne lui avoir montré le monde qu’à travers le prisme déformant de leur amour étouffant ?
Ou au reste du monde qui par effet miroir lui renverra à longueur de journée l’image de l’être inadapté, égocentrique, gaspilleur, malpoli, et incapable de se plier à la moindre règle qu’il est devenu malgré lui ?
Mars semble très touchée par le grand-méchant-virus. Pas de décès pourtant. Mais dans les écoles et les services médicaux, c’est l'hystérie. Les autorités sanitaires ont beau clamer que cela ne sert à rien de fermer les écoles (pour 15 jours !) si un cas est confirmé, rien n’y fait, les autorités éducatives persistent et entretiennent la psychose, le tout en plein pic de maladies hivernales traditionnelles.
Dans les médias, les services d’urgence demandent grâce. Comme le montrait un reportage, il y a certes un nombre non-négligeable de parents qui consultent même en l’absence du moindre symptôme ni de contact avec un cas suspect ou confirmé. Mais les établissements scolaires, eux, exigent un certificat médical pour le moindre gamin enrhumé qui s’absente deux jours ! Ainsi, certaine que ce n’était qu’un rhume banal, j’ai moi-même contribué malgré moi à surcharger les médecins du service d’urgence de notre assurance maladie, en attendant 24h que l’un d’eux puisse venir donner son feu vert au retour à l’école de Chérubine.
Dans le même temps, les gamins des écoles fermées en profitent pour se retrouver et faire la fête alors qu’ils sont sensés se mettre en quarantaine à domicile. Une amie se plaignait d’ailleurs de la quantité invraisemblable de devoirs envoyée à ses enfants au travers d’internet par leur école fermée. Une manière détournée de s’assurer qu’ils sont bien cloués chez eux ?
En attendant, vus les quartiers et les établissements déjà touchés, je m’attends à ce que l’un ou l’autre, voire les deux établissements terriens de la capitale martienne soient prochainement fermés, malgré toutes les précautions parfois contradictoires prises par leurs responsables. Dans l’un d’eux, on n’admet plus d’intervenants ni de visites d’étrangers à l’établissement, mais on a laissé se dérouler un stage pour les élèves animé par des visiteurs arrivant tout droit de Vénus !
Mais au fait, s’il est si bénin qu’il y paraît, pourquoi en a-t-on si peur de ce grand-méchant-virus ?
C’est l’endroit où on trouve un tas de merveilles que j’ai longtemps cherchées en vain au supermarché, notamment du chocolat à cuire (plus sucré que chez nous), du cacao nature, des pépites de chocolat, des moules à gâteau de toutes tailles et de toutes formes et tout ce qu’il faut pour décorer les gâteaux les plus sophistiqués.
Ne pas oublier le rayon de la vaisselle de fête à usage unique, ni celui des déguisements, masques et perruques. Sans compter les emballages cadeau, les crayons et autres gadgets fantaisie, les bonbons et les petits sachets sans lesquels aucune fête d’anniversaire enfantine ne semble complète de nos jours.
En attendant votre tour pour faire peser votre petit sachet de cacao, vous pourrez comme cela m’est arrivé rester ébahie par le degré de complication et
de sophistication – sans parler de la dépense - dans lesquels la jeune maman qui vous précède est prête à se lancer pour offrir à son chérubin de 4 ans, et aux 40 petits monstres qu’il a
invités pour son anniversaire, le gâteau et la fête de ses rêves.
Rêve du gamin qui pourrait bien devenir le cauchemar de sa
gentille maman si, comme cela est arrivé à mon petit voisin, le gamin surexcité disjoncte totalement, et d’épuisement nerveux, à la fin de la fête, pique une crise de nerf et se met à hurler
hystériquement sans que rien ne semble pouvoir le calmer.
Remarques : dire "cotijonne" ; reposteria vient de postre qui signifie dessert.
On connaissait la devise de la République Française : liberté, égalité, fraternité.
Voici celle des grandes fratries, émise par l’un de mes rejetons avec ce génie de la formule dont sont parfois capables les enfants et adolescents : liberté, égalité… et pas de pitié !
Elle a failli s’étrangler quand il lui a dit :
- Maintenant que tu as tellement maigri, les autres hommes vont te regarder de nouveau !
Voilà donc pourquoi il lui susurrait des bêtises du genre : « tu es confortable » avant qu’elle ne se décide pour de bon à se débarrasser de ses stocks graisseux périmés datant du dernier épisode grossesse-allaitement. Ses kilos à elle, c’était son assurance-fidélité à lui. Logique. Comprendre : aucun effort à faire pour la séduire chaque jour de nouveau vu que de toute manière elle n’intéressait personne à part lui.
Malgré tout l’amour qu’elle lui porte, en elle monte comme une envie de vengeance, en souvenir du temps où engoncée dans ses kilos comme dans une panoplie de bonhomme Michelin, la poitrine douloureuse de la tétée qui approchait, elle contemplait, impuissante, les petites secrétaires vénusiennes venir jusque sous son nez à elle, le draguer, lui, toujours svelte malgré les paternités répétées. Alors pour lui rendre la monnaie de sa pièce et le faire enrager, juste un peu, pour lui donner raison en quelque sorte, un de ces jours, dans quelques temps, elle lâchera l'air de rien dans la conversation :
- J’aime bien ton expression … Dans une autre vie peut-être…Tu sais ? Quand tu disais que de temps à autre, la vie faisait qu’on rencontrait quelqu’un avec qui on aurait envie de faire un bout de chemin, et qu’alors tu pensais : dans une autre vie peut-être…
Même si elle n’a aucune envie d’aller voir ailleurs. Car elle se le répète souvent quand elle le regarde de loin bavarder et rire, et que soudain il se tourne et vient vers elle, avec les mêmes yeux qu’il y a 25 ans et juste un peu moins de cheveux. Si ce n’était déjà fait, celui que elle, elle draguerait ce soir, sans aucun doute, ce serait lui.