L’enlèvement virtuel

Publié le par Anne Delacharlerie

L’imagination des délinquants est sans limite.

Parce que la pauvreté s’accroît à mesure que le tissu social argentin se rétracte - c’est à dire à la vitesse de la marée descendante au Mont Saint Michel - les faits d’arme des délinquants argentins constituent un catalogue chaque jour plus effrayant. Le nombre de personnes abattues sur le pas de leur porte ces dernières semaines par des voleurs de voitures mineurs totalement intouchables en est une preuve parmi d’autres.


Un autre délit est à la mode à Buenos Aires depuis déjà plusieurs mois : le secuestro virtual, c'est-à-dire l’enlèvement virtuel. Les cerveaux en sont paraît-il des détenus, car un téléphone cellulaire et un complice en liberté suffisent à le commettre.

D’une part, l’enlevé virtuel reçoit un appel sur son cellulaire. La compagnie de téléphone lui demande de couper son téléphone pour une opération de maintenance. S’il obéit, il devient donc injoignable.

D’autre part, un proche de l’enlevé virtuel reçoit un coup de fil affolant. Les scénarios sont multiples. Parfois c’est la police qui annonce qu’un grave accident est arrivé mais très vite les menaces arrivent. Entre autres celle de torturer (ou pire) la personne soi-disant enlevée si l’on tentait de la joindre sur son cellulaire.

En contrepartie de la libération de la personne en question, il faut aller déposer une certaine somme d’argent et tous les objets de valeur dans un lieu qu’on vous indique, où un complice passera les récupérer. Lorsque le proche rejoint son domicile ou téléphone le plus naturellement du monde et qu’il dit qu’il n’a jamais été menacé, il est trop tard pour récupérer ce qu’on a naïvement trop vite donné.

Bien des gens s’y sont laissé prendre, puis les autorités ont donné une certaine publicité à l’arnaque et aux mesures prises dans les prisons, si bien que plus grand monde ne s’y laisse prendre. Sauf, entre autres, les familles expatriées pas encore au fait de l’imagination et de l’ampleur des complicités dont bénéficient les délinquants en Argentine. Deux familles françaises en ont été victimes ces dernières semaines, sans conséquence grave heureusement, mais dans les deux cas, il était évident que les auteurs des appels étaient très, très bien renseignés, et jouissaient manifestement de complicités, y compris de fonctionnaires, rendant leurs menaces particulièrement crédibles.

Ce qui est finalement le plus inquiétant.

Publié dans Argentine

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Marine 15/03/2010 14:45


Ah le fameux "secuestro virtual"! On m'en a justement parlé hier, la mère d'une amie à reçu ce type de coup de fil et l'interlocuteur lui faisait croire que sa fille avait été enlevée et il lui
demandait une belle rançon. Comble du ridicule, la dite fille était elle aussi à côté du téléphone. Heureusement, l'arnaque a pu être évitée mais je n'aurai jamais pensé que des techniques
pareilles auraient pu être utiisées!