L'Assimilée

Publié le par Anne Delacharlerie

 Dès son arrivée sur Mars, l’Assimilée veut vivre comme les Martiens, manger Martien, parler Martien, lire Martien, s’habiller Martien et d’une manière générale adopter toutes les habitudes des Martiens, même les pires comme griller les feux rouges (la bonne excuse : « Mais tout le monde le fait ici ! ») ou ne pas déclarer sa femme de ménage (la bonne excuse : « Mais personne ne le fait ici ! »)

Quand on l’invite à un Morning Coffee du Ladies Club terrien du coin, l’Assimilée réplique – pas toujours très gentiment - qu’elle n’est pas venue sur Mars pour tomber encore sur des Terriennes.

L’Assimilée se met à parler Martien avec son mari et ses enfants, pour ne pas leur surcharger le cerveau (elle-aussi). Tête des Martiens en entendant l’accent et les fautes ! Tête des grands-parents terriens venus en vacances et incapables de communiquer en Terrien avec le dernier-né de la famille !

L’Assimilée écoute à longueur de journée la musique martienne que l’on écoute sur Terre mais persiste à ignorer que pour les Martiens, elle est du dernier ringard.

 

L'Insatisfaite et l'Assimilée cohabitent en chaque femme d’expat.

Ainsi on peut : d’une part apprendre méticuleusement à nouer le longyi (sarong) birman (et à Gaston aussi), le porter crânement dans les soirées expat (Gaston aussi, en jupe !) ;et d’autre part fuir Mars-Rangoon dans les trois mois, vaincue par les odeurs puissantes du marché dont les étals de viande surveillés au chasse-mouche par des matrones aux mains douteuses semblent aussi éloignés des rayons aseptisés de nos hypermarchés que le Soleil l’est de Pluton.

 

Publié dans Femmes d'expat

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