Tout est relatif (encore)

Publié le par Anne Delacharlerie

 

C’est un vol Air France de Buenos Aires à Paris.

L’atterrissage est prévu dans moins d’une heure. La carte qui s’affiche sur nos écrans indique qu’après avoir filé plein nord au-dessus du golfe de Gascogne, l’appareil survole maintenant la Loire Atlantique et bifurque vers l’est.

Derrière moi, assises au hublot, deux jeunes femmes, des chicas lambda, jacassent en observant le paysage de champs et de villages. Bien malgré moi, je ne perds pas une miette de leur conversation. C’est que le délicieux accent chantant et légèrement nasillard des Argentins – des Italiens qui parlent espagnol, dit-on – est particulièrement sonore.

 

Je crois comprendre que l’une d’elle est déjà venue en Europe alors que c’est une première pour l’autre.

« Mais ils sont tous petits, les champs ! Et ils sont pleins d’arbres ! » Pampa, ça veut dire désert d’herbe…

« Avec toutes ces rues qui tournicotent, on va se perdre ! » C’est sûr, elles n’ont pas fini de  regretter les cuadras porteños à la numérotation métrique.

 

Je souris. Pas mon voisin qui se retourne pour les prier de se taire. Venant d’un individu qui ne m’a jamais laissé utiliser un millimètre de l’accoudoir commun et m’a consciencieusement planté son coude dans les côtes pendant les treize heures de vol, cette leçon de respect d’autrui me plonge dans un abîme de perplexité.

Publié dans Journal

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