Immigration

Publié le par Anne Delacharlerie

 

Les pays européens ont le sentiment qu’on veut leur faire accueillir toute la misère du monde et ne cessent de tenter de défendre leurs frontières à coups de lois et règlements divers. Des dispositions récentes assimilant les immigrants clandestins à des délinquants ont été très mal perçues en Amérique du Sud. Un certain nombre de pays ont d’ailleurs officiellement protesté en chœur en faisant rappel de l’Histoire et de leur propre générosité passée à l’égard des ressortissants de la vieille Europe.

L’Argentine s’est jointe au concert de protestations, et il me semble que pour ce pays au moins, derrière les raisons officielles du mal être présent se cachent d’autres arguments moins avouables et plus complexes.

 

En effet, il est frappant de constater à quel point conserver une seconde nationalité est primordial pour les Argentins. D’ailleurs, un représentant d’un pays européen me confiait qu’une des tâches principales de son Consulat consistait à accomplir des recherches afin de pouvoir réattribuer la nationalité d’un aïeul à ses descendants argentins.

Le vote étant obligatoire sur les bords du Rio de la Plata, par réflexe ou par peur de se voir contester leur second passeport, les Argentins bi-nationaux se font notamment un devoir de participer aux élections de leur autre pays, contrée où ils n’ont souvent jamais mis les pieds, et dont bien peu parlent encore la langue. Ainsi, les récentes campagnes électorales italiennes et espagnoles se sont abondamment étalées sur les murs de Buenos Aires. Un peu plus en arrière dans le temps, le français n’était pas la langue dominante dans la file d’électeurs qui se pressaient à l’Ambassade de France à l’heure de choisir notre Président l’an dernier.

Car les Argentins ne se sentent pas en sécurité – économiquement surtout - dans leur propre pays. Leur second passeport est d’abord un sésame pour la fuite éventuelle me semble-t-il. Et pour tous ceux qui n’ont pas la chance de disposer d’un second passeport, la possibilité de se voir assimilés à des délinquants potentiels s’ils choisissaient de rejoindre cette Europe autrefois si bienveillante pour y gagner leur pain quotidien, est une idée tout simplement traumatisante qui remet en cause un confort moral fragile, un peu comme si l’on sciait un pied de la chaise sur laquelle ils sont assis.

 

Enfin, pour les ressortissants de ce pays dont le niveau de développement avait un temps dépassé celui de certains pays européens, se voir potentiellement assimilés à ces pauvres bougres venus d’Afrique Noire, du Maghreb ou d’Asie, c’est aussi contempler sous un autre angle la dégringolade de l’Argentine au cours des dernières décennies.

Un autre traumatisme.

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