De Mars et de Vénus : une autre version.

Publié le par Anne Delacharlerie

 

Sur Vénus les filles sont plus tout : plus belles, plus douces mais surtout plus soumises, et plus obéissantes aussi. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les innombrables Martiens qui au fil du temps ont fait de certaine ville de cette planète le plus grand bordel à ciel ouvert de la galaxie.

Les Vénusiennes, qu’elles soient de la campagne ou de la ville, ont pour nombre d’entre elles comme idée fixe de quitter Vénus. Et faire sa vie avec un Martien est un moyen qui a fait ses preuves.

Ceci explique sans doute l’acharnement d’une proportion non négligeable de Vénusiennes éduquées à travailler exclusivement pour des entreprises martiennes dans l’espoir de tomber sur un expatrié au cœur libre, voire de parvenir à détourner un père de famille martien sans histoire, de ses attaches. Quand cela échoue, et alors que leur horloge biologique se rapproche dangereusement de la quarantaine, on les voit alors se résoudre à épouser leur amour de jeunesse – un vénusien patient – qui n’a alors que le temps de leur faire un ou deux beaux petits Vénusiens.

Dans et autour du plus grand bordel à ciel ouvert de la galaxie, où les filles débarquent souvent tout juste de leur campagne à la recherche de l’eldorado – un martien avec un peu d’argent - les choses se passent certes différemment, mais pourtant toujours d’une manière à peu près similaire que je m’en vais conter.

 

Le Martien y débarque, des fantasmes étoilés plein la tête. Il est soit un touriste sexuel qui s’assume, soit en récré le temps d’un weekend au milieu d’une mission pour son boulot : sur Vénus, il y a aussi des usines.

Dans le premier go-go-bar venu, les Vénusiennes de service lui sortent le grand jeu. En professionnelles elles jouent le vrai-faux jeu de la drague et de la séduction. Flatté, le Martien fait son choix, et le voilà parti avec l’une d’elles. Elle va d’abord lui enseigner que sur Vénus, les passes n’existent pas : elle reste au moins pour la nuit.

Au réveil, elle va s’efforcer d’obtenir une seconde nuit, puis une troisième, etc. Elle se fera méthodiquement offrir à boire et à manger, ainsi que de la lingerie et des articles d’hygiène et de parfumerie. Ah, le spectacle inoubliable et touchant de ces filles au maquillage voyant, en minijupes et talons surdimensionnés, entraînant chacune son Martien embarrassé de par les allées des strings et des soutien-gorge à froufrous de l’hypermarché Croisement.

De fil en aiguille, l’objectif de la Vénusienne est de s’incruster et de parvenir à passer tout le temps du séjour de son Martien à ses côtés. L’étape suivante consiste d’ailleurs à lui faire prolonger si possible son séjour. Pourquoi ?

Pour avoir le temps d’être enceinte de lui, pardi ! Et ces benêts lubriques et suicidaires de Martiens qui se laissent aller à sortir découverts sur l’une des planètes de la galaxie où le Grand Virus Tueur fait le plus de ravages !

Si le piège fonctionne, on croisera alors peut-être, comme cela m’est arrivé, le couple improbable à l’hôpital du coin, patientant dans la salle d’attente du service obstétrique, qu’on lui communique les résultats officiels du test de grossesse. Ce faisant ils tenteront pathétiquement de converser en Jupitérien – LA langue des échanges internationaux – dont chacun des deux dit trois mots, mais pas les mêmes.

A ce stade, si le test est positif, la Vénusienne joue gros. Le Martien a alors plusieurs possibilités.

  1. Courir au Consulat Martien pour faire faire un visa à la mère de son futur enfant et l’emmener avec lui sur Mars. (Le rêve de la Vénusienne, rarissime dans les faits.)
  2. Se sauver en courant, en laissant éventuellement derrière lui une somme d’argent : la Vénusienne se fera alors avorter, et tentera de nouveau sa chance un peu plus tard avec son Martien suivant.
  3. Courir au Consulat martien le plus proche pour reconnaître l’enfant, avant de reprendre le chemin de sa planète et alors :
    1. Ou bien se contenter d’envoyer tous les mois une pension alimentaire pour atténuer sa culpabilité.
    2. Ou bien démissionner de son boulot, divorcer de sa femme, quitter ses enfants, vendre sa maison sur Mars et revenir au plus vite sur Vénus.

C’est ce dernier cas de figure, plus fréquent qu’on ne le croit, que je me propose de développer.

Le Martien est au septième ciel : enfin la « vraie » vie ! Auprès d’une campagnarde – souvent  trente à quarante ans plus jeune que lui - qui fait ses quatre volontés pourvu qu’il paye, il se sent libre. On le croisera parfois sur l’autoroute, roulant à tombeaux ouverts, sans casque et torse ventripotent nu sous le soleil brûlant, sur un scooter flambant neuf offert en guise de cadeau de noces à sa nouvelle épouse assise en amazone derrière lui : la Liberté, quoi.

Pour subsister, il ouvrira alors avec son petit capital martien un hôtel-restaurant – au nom de sa femme car le droit vénusien lui interdit de le mettre au sien - où d’autres martiens après lui viendront revivre une histoire comparable à la sienne.

On croisera parfois ses parents martiens chez Croisement tentant de communiquer avec leur nouvelle belle-fille pour qu’elle se décide entre deux modèles de poussettes rose fluo pour leur nouvelle descendance.

Le Martien aura un ou deux autres enfants avec son épouse vénusienne, qui, généreuse, se fait désormais un devoir d’héberger les enfants qu’elle a eu au village avant d’en partir et dont sa mère s’occupait jusque-là, et puis aussi ceux de sa sœur moins chanceuse. Un beau jour, le martien réalise qu’il est à la tête d’une famille nombreuse de six ou sept enfants, sans parler de ses propres enfants qui entreront bientôt à l’université, là-bas sur Mars : il lui faudra bien financer sa part de leurs études avec ses revenus vénusiens.

 

L’argent devient alors pour lui un sujet de frustration constant. Au supermarché, par « sécurité » il accompagne Vénus désormais, et on l’entend parfois dans les allées qui, à bout  de patience, lui demande en mauvais Jupitérien : « Mais on n’a pas déjà acheté six serviettes de toilette neuves, il y a à peine un mois ? ». Au Consulat martien, il tempête pour que ses enfants à lui aient droit à l’école martienne gratuite – l’école vénusienne étant particulièrement archaïque - et que les rejetons de ces expatriés grassement rémunérés paient pour les autres.

Incapable désormais de s’offrir les billets de fusée pour Mars, ce sont ses grands enfants martiens qui viennent lui rendre visite de temps à autre aux frais de leur mère délaissée. On les rencontrera alors en compagnie de leur père et de sa tribu, le dimanche à la plage dans un restaurant sous les arbres, où les ont rejoint d’autres tribus amies aux histoires parallèles. 

 

Et c’est ainsi que le Martien vieillira et s’usera à nourrir toutes ses bouches.

Je l’ai croisé un jour au Consulat martien, marchant à petits pas rhumatisants à la remorque de sa toujours jeune femme, talons hauts et short aux ras des fesses. Je me suis frotté les yeux en raison d’une brève hallucination : une fraction de seconde, j’avais cru que ce n’était pas par la main qu’elle le traînait.

Publié dans Asie

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