Pour une messe ?

Publié le par Anne Delacharlerie

Depuis le 11 mars, je ne suis pas retournée à la messe. En Allemagne comme en France, elles ont repris en juin, mais de ce côté-ci du Rhin, elles n'ont pas été de nouveau interdites cet automne.

Le plus surprenant, c'est que cela ne me manque pas. Au contraire.

Ma foi dans le Ressuscité est intacte.

Mais pas ma foi en l'Eglise !

Il y a bien François, pour qui j'ai une profonde admiration et beaucoup d'affection. Pour le reste...

Qu'on ne se méprenne pas. Bien avant ce premier confinement, je me nourrissais quotidiennement de la Parole et de la prière. Subitement privée, il y a quelques mois, comme beaucoup, de célébrations communautaires en plein Carême et pour Pâques, j'ai recherché plus que jamais des nourritures sprituelles, cherchant même des "aliments" complémentaires à ceux dont j'avais l'habitude.

Et cela me suffit.

J'ai cherché sur la Toile. On y trouve de tout, le meilleur et le pire. Des trucs qui m'ont réjouie, réconfortée, réchauffée dans ma foi dans le Christ et dans l'humanité, et d'autres... pas! Je suis ulcérée par le néo-conservatisme qui a le vent en poupe dans l'Eglise de France et qui se reflète dans l'offre catho actuelle sur la Toile. La "génération Jean-Paul II" est aux commandes.

(Jean-Paul II. Saint Jean-Paul II, insistent ses fans, dont je ne fais pas partie, vous l'aurez compris. L'homme qui ne pouvait pas ignorer les turpitudes du clergé polonais, sans parler de son rôle dans le scandale des Légionnaires du Christ, ou encore celui qu'on découvre tout juste dans l'affaire de l'ex-cardinal McCarrick...)

J'ai aussi écouté chaque jour les homélies du Pape François. François, le curé du monde dont les sermons devraient être étudiés et décortiqués par tous les prêtres et séminaristes de la planète pour leur lumineuse simplicité. Et aussi leur brièveté d'ailleurs. Deux-trois phrases d'introduction historique et/ou de remise en contexte, puis UNE idée SIMPLE développée, et pour conclure une suggestion pour la vie quotidienne. Point. 

Quand les messes ont repris en mai, les homélies du Pape n'ont plus été diffusées en vidéo sur la Toile, ni même leur transcription, alors qu'elles l'étaient avant la pandémie, il me semble. A croire que ça dérangeait. Mais qui ? Cette Curie romaine, dont on ne sait pas trop qui la constitue, que François veut réformer et dont on nous dit régulièrement qu'elle lui met des bâtons dans les roues ?

Et un jour, nous avons été sommés de retourner à la messe en vrai. Et comme je ne suis manifestement pas la seule de par le monde catholique à ne pas avoir obtempéré, le Cardinal Sarah y est allé de son couplet en septembre. 

C'est incessant, ce petit jeu entre "conservatisme" et "progressisme" dans ce qui vient du Vatican.

Le Pape parle par exemple de mettre fin au cléricalisme, de donner plus de place aux laïcs, et quelques mois plus tard, il approuve, nous dit-on, une instruction rédigée par des monseigneurs de la Curie et qui remet le curé au centre de la paroisse (à défaut de parvenir à remettre l'église, ou plutôt l'Eglise, au centre de nos villes !)

C'est à n'y rien comprendre. Ou bien ce sont des os à ronger abandonnés par François à la Curie justement, pour faire passer d'autres réformes qu'il juge plus importantes ? Je l'espère en tout cas.

Du coup, je m'interroge. La messe tous les dimanches, est-ce une fin en soi ? Pourquoi les évêques français se démènent-ils tant pour combattre l'interdiction actuelle des offices dans l'Hexagone ? Et si tout cela n'était qu'une recherche de contrôle sur les âmes et les consciences ? Une peur des clercs de perdre leur pouvoir ?

Il faut croire que je ne suis pas la seule à me poser ces questions. Les publications catholiques pullulent d'articles sur ce thème depuis le printemps dernier : deux théologiennes dans La Croix, Golias en plus long et provocateur, ou encore Témoignage chrétien pour n'en citer que trois.

Ni partir, ni se taire a été pendant longtemps ma devise de catholique engagée, très impliquée dans sa paroisse. Puis, découragée, je me suis tue. Et désengagée. Et aujourd'hui, je pars. De ma paroisse, en tout cas. Jusqu'à nouvel avis !

Autistiquement vôtre,

Aspie Rine

Pour une messe ?

Publié dans Catho pas bigote

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :