Langue étrangère

Publié le par Anne Delacharlerie

Langue étrangère

Dans mon entourage, certains Sceptiques du Diagnostic m'ont fait remarquer que j'avais bien peu de difficultés sociales pour une autiste.

Voire...

En fait j'observe beaucoup le comportement des gens "neurotypiques", depuis toujours, en toute conscience.

Et j'imite.

Pas trop mal, apparemment.

Je me souviens par exemple très bien qu'un beau jour, à l'âge adulte déjà, j'ai ressenti le manque d'amies proches. J'ai alors réfléchi et remarqué que j'appréciais tout particulièrement le contact avec telle ou telle. Puis je me suis efforcée de relever ce que faisaient pour moi ces amies pour que j'apprécie autant leur contact. Et je me suis mise à faire comme elles : ne pas oublier de demander des nouvelles de la maman malade dont l'une m'avait parlé la fois précédente par exemple, ou du souci avec tel de ses enfants, etc. Et ça a marché. Je me suis fait de très bonnes amies.

On me rétorque : mais alors tu es hypocrite ?

Pas du tout.

C'est un peu comme lorsqu'on arrive dans un pays étranger pour y vivre. On ne connaît pas la langue, la culture. Si on veut s'intégrer, on prend des cours, on regarde comment les gens vivent, on imite l'accent, les tournures, les expressions, on apprend l'histoire, etc. Au point qu'un beau jour on parle la langue sans plus réfléchir. Elle n'est plus étrangère du tout. Et même les locaux finissent pas ne plus se rendre compte qu'ils ont affaire à un étranger. On s'est fondu dans la masse.

Depuis toujours je cherche à m'intégrer chez les neurotypiques. Je me suis donc toujours appliquée à parler leur langue le mieux possible.

Bon, soyons honnête, il y a des trucs que je n'arriverai jamais à faire : papoter chiffons, maquillage, fringues, déco de la maison et autres "frivolités" avec des filles que je connais à peine. J'ai essayé. Impossible. Je le regrette bien, car croyez le ou non, j'ai en tête un exemple précis et pas très éloigné où cela m'a fait passer pour une bêcheuse. Le truc a pris des proportions inattendues, les filles (toutes des mères de familles par ailleurs normalement gentilles et intelligentes pourtant) se sont monté la tête entre elles, et cela m'a valu un sale quart d'heure d'insultes devant une dizaine de personnes. J'ai bien retenu la leçon.

Entre temps le diagnostic a été posé, et la prochaine fois, je ne manquerai pas de brandir l'étendard ASPIE pour m'éviter (ou tenter en tout cas...) ce genre d'humiliation.

Publié dans Aspergirl and co

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :