Question de sensibilité

Publié le par Anne Delacharlerie

Ma mère souffrait de ce qu'elle appelait mon "insensibilité".

A l'âge de 18 ans, j'ai quitté mon Caillou du Pacifique pour faire mes études en Métropole. Je partais à chaque fois pour l'année scolaire complète. Pour ma mère, les adieux à l'aéroport étaient chaque année déchirants. Elle pleurait, et je me souviens fort bien de ses regards qui semblaient implorer une forme de réaction symétrique de ma part. Mais non, rien. Pas la moindre petite larme.

Je ne suis pas insensible. Je crois même pouvoir affirmer que je suis au contraire hypersensible.

Et donc, pour me protéger, en situation où je pourrais être touchée, c'est-à-dire perdre le contrôle, me laisser déborder par le flot de mes émotions, j'ai la sensation que mon cerveau se blinde et dresse une muraille pour tenir les émotions en respect. Il les débranche en quelque sorte. C'est comme si j'observais la situation de loin, d'un drône par exemple, comme si je devenais soudainement extérieure à ce qui m'arrive, ou se passe tout près de moi.

Maman, là où tu es, je sais que tu m'entends, et aujourd'hui je peux te le dire : je ne suis pas insensible, je suis autiste. 

Question de sensibilité

Publié dans Aspergirl and co

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