Autistiquement vôtre

Publié le par Anne Delacharlerie

Voilà.

C’est décidé.

J’en parle : je suis autiste.

Ou plus exactement selon la terminologie officielle, je suis une personne avec autisme. J'ai le syndrome d’Asperger. J’en ai eu officiellement confirmation en juin dernier.

Non, non, ce n’est pas une blague. Je suis bel et bien autiste.

Julie Dachez, aspergirl comme moi, n’a-t-elle pas co-écrit une BD racontant son parcours qui s’intitule La différence invisible ? Elle a été diagnostiquée un peu avant ses 30 ans, moi j’ai passé le demi-siècle. 

Tout a commencé par un reportage télévisé en janvier 2015. Il est question d’une jeune aspergirl d’une vingtaine d’années. Et là je suis scotchée tellement je me reconnais dans ce qu’elle raconte.

Et si cette impression diffuse de ne pas être "comme tout le monde" qui me poursuit depuis l’enfance et dont je ne n'ai quasiment jamais parlé à personne, était fondée… ? Dans les semaines qui suivent, je me documente, et je me sens de plus en plus concernée par le syndrome d’Asperger.

S’ensuit la question : savoir ou pas ? Très vite, ça ne fait pas de doute, je veux savoir. Certes, j’ai la cinquantaine. Mais je n’ai aussi « que » la cinquantaine. J’espère bien qu’il me reste quelques décennies à vivre. Je n’ai rien à perdre, et même tout  gagner, à mieux me connaître.

Savoir, oui, mais comment ?

Je cumule les difficultés : je suis de sexe féminin et adulte (cf. le cliché qui a la vie dure du petit garçon autiste qui bave en se tapant la tête contre les murs…), et je suis francophone vivant en Allemagne. Je me débrouille de mieux en mieux en allemand, mais de là à passer une batterie de tests pyscho-machins dans la langue de Goethe, il y a un pas… Renseignements pris sur la Toile, je décide de m’adresser au Centre Ressources Autisme (CRA) français le plus proche de mon domicile allemand, une structure publique donc. Malgré les délais annoncés par les CRA, je ne veux pas prendre le risque d’un diagnostic de complaisance dans une structure privée. Après tout je ne suis plus à un an près !

Entre mon premier contact avec le CRA et le diagnostic, plus de deux ans se seront écoulés. Mais je ne regrette rien. J’ai eu (et j’ai encore) affaire à des professionnels extrêmement qualifiés et d’une grande bienveillance. J’insiste pour les autres aspergirls potentielles qui passeraient par cette page. C'est toute une équipe de psychologues plus un psychiatre qui a travaillé autour de moi. J’ai passé des heures de tests et d’entretiens, et rempli de longs questionnaires sur mon parcours et ma personnalité. Si j’avais eu affaire à un seul professionnel dans un cadre privé, je me serais forcément interrogée sur la validité du diagnostic, sans parler du risque de clientélisme sous une forme ou une autre. Ce risque est écarté dans les CRA.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait avec ce bout de papier… ?

Malgré mon âge, je n’en suis qu’au tout début. D’abord, je relis mon parcours avec les « bonnes » lunettes. Et ça me fait un bien fou. C’est très déculpabilisant. Avec une professionnelle, en ce moment j’apprends à connaître le syndrome d’Asperger en général et le mien en particulier. Ne dit-on pas qu’il y a autant d’autismes que d’autistes ?

Par exemple, la gestion de l'énergie,  ce qui me fatigue sans que je ne m'en rende même plus compte, tellement je suis habituée à faire comme tout le monde pour passer inaperçue. J’ai aussi tout récemment compris que mes « pétages de plombs » occasionnels étaient probablement ce qu’on appelle des effondrements autistiques.

Tout ça pour dire que je suis à la fois une ancienne combattante et une nouvelle recrue de l’autisme. Très curieux comme sensation…

Mais il y a une chose qui est certaine : je veux en parler. Je voudrais, j’espère, contribuer un tout petit peu de cette manière à faire évoluer les représentations les plus courantes que véhicule le mot « autisme ». Je ne sais pas si je ferai aussi bien que mes sœurs en autisme qui tiennent des blogs géniaux, écrivent des bouquins passionnants ou encore postent des vidéos édifiantes, mais ça ne coûte rien d’essayer !

 

Autistiquement vôtre.

Autistiquement vôtre

Publié dans Aspergirl and co

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