Un drame vient de confirmer ce que jusqu’ici les Argentins ne faisaient que soupçonner : la police et la justice de leur pays sont incompétentes.
Tout a commencé par le banal départ en weekend d’une famille lambda un samedi soir de la mi-novembre dans la banlieue de Buenos Aires. Elle n’est jamais arrivée à destination. Il a fallu plus de trois semaines à la police pour localiser, grâce à un ouvrier agricole, l’épave du véhicule retourné et les corps de toute la famille, dans un bosquet en bordure d’une route de la pampa, celle-là même que leurs proches avaient indiqué comme leur itinéraire habituel.
Entre temps, la police avait juré avoir ratissé et survolé toutes les routes que la famille aurait pu emprunter, et ne trouvant « rien », juge, enquêteurs et journalistes se sont fait un film. La vie de la famille a été fouillée, salie, et étalée sur la place publique. Violence conjugale, pédophilie, tout y est passé, tout ce beau linge frétillant de plaisir en se roulant joyeusement dans ses fantasmes sordides tellement plus séduisants que les conclusions logiques du plus élémentaire bon sens.
Oui mais voilà, la famille avait tout simplement fait un tonneau et faute de ceintures de sécurité, tous éjectés par le choc, ils sont morts. La maman a semble-t-il survécu, quelques heures, voire quelques jours, avant de rendre l’âme à quelques mètres des corps de ses fillettes, sur le corps de son mari auprès duquel elle s’était traînée, et sans que jamais sans doute la police n’ait effectué le moindre ratissage de la zone. Et que dire de cette juge qui a attendu deux semaines pour vérifier les mouvements sur les comptes bancaires des conjoints !
Voilà qui jette une toute autre lumière sur bien des affaires ayant fait la une des médias argentins. Que penser par exemple du non-lieu tout frais prononcé au bénéfice de la présidente et de son ex-président de mari dans une affaire d’enrichissement personnel ? Et que dire de ce juge qui disposant en tout et pour tout d’un profil ADN incomplet (comprendre mal prélevé) « d’un homme de la famille du mari de la victime » a inculpé de viol et d’assassinat le propre fils adolescent de la pauvre femme ? Sans parler de la disparition d'un témoin clé dans un procès lié à la dictature, ou bien encore celle de cette fillette volatilisée dans un camping.
Pendant longtemps j’ai cru les Argentins victimes de leur histoire – péronisme et dictature – et de leur classe dirigeante corrompue. Mais plus le temps passe et plus le bon sens m’indique qu’après tout, les citoyens de ce pays ne sont victimes que d’eux-mêmes et de leurs propres accommodements individuels avec la morale.
L’imagination des délinquants est sans limite.
Parce que la pauvreté s’accroît à mesure que le tissu social argentin se rétracte - c’est à dire à la vitesse de la marée descendante au Mont Saint Michel - les faits d’arme des délinquants argentins constituent un catalogue chaque jour plus effrayant. Le nombre de personnes abattues sur le pas de leur porte ces dernières semaines par des voleurs de voitures mineurs totalement intouchables en est une preuve parmi d’autres.
Un autre délit est à la mode à Buenos Aires depuis déjà plusieurs mois : le secuestro virtual, c'est-à-dire l’enlèvement virtuel. Les cerveaux en sont paraît-il des détenus, car un téléphone
cellulaire et un complice en liberté suffisent à le commettre.
D’une part, l’enlevé virtuel reçoit un appel sur son cellulaire. La compagnie de téléphone lui demande de couper son téléphone pour une opération de maintenance. S’il obéit, il devient donc injoignable.
D’autre part, un proche de l’enlevé virtuel reçoit un coup de fil affolant. Les scénarios sont multiples. Parfois c’est la police qui annonce qu’un grave accident est arrivé mais très vite les menaces arrivent. Entre autres celle de torturer (ou pire) la personne soi-disant enlevée si l’on tentait de la joindre sur son cellulaire.
En contrepartie de la libération de la personne en question, il faut aller déposer une certaine somme d’argent et tous les objets de valeur dans un lieu qu’on vous indique, où un complice passera les récupérer. Lorsque le proche rejoint son domicile ou téléphone le plus naturellement du monde et qu’il dit qu’il n’a jamais été menacé, il est trop tard pour récupérer ce qu’on a naïvement trop vite donné.
Bien des gens s’y sont laissé prendre, puis les autorités ont donné une certaine publicité à l’arnaque et aux mesures prises dans les prisons, si bien que plus grand monde ne s’y laisse prendre. Sauf, entre autres, les familles expatriées pas encore au fait de l’imagination et de l’ampleur des complicités dont bénéficient les délinquants en Argentine. Deux familles françaises en ont été victimes ces dernières semaines, sans conséquence grave heureusement, mais dans les deux cas, il était évident que les auteurs des appels étaient très, très bien renseignés, et jouissaient manifestement de complicités y compris dans l’administration, rendant leurs menaces particulièrement crédibles.
Ce qui est finalement le plus inquiétant, et le plus révélateur de l’état du pays.
Un couple d’homosexuels argentins cherche à obtenir des tribunaux le droit de se marier. Les rebondissements
dans un sens puis dans l’autre se succèdent sous forme d’arrêts d’une juridiction, puis d’une autre, sans parler des recours déposés par les avocats de la Ville de Buenos Aires, puis par ceux du
couple… On s’y perd entre qui est qui, qui est pour, qui est contre, qui est compétent pour décider.
C’est le bazar médiatique et juridique !
Pour ajouter à ma confusion, les deux militants du mariage homosexuel n’apparaissent dans les médias que portant autour du cou une large écharpe rouge identique à celle que l’on associe désormais
à la lutte contre le SIDA. Enfin, derrière le couple, sont toujours ostensiblement présentes deux ou trois dames âgées à la tête recouverte du foulard blanc des Mères de la Place de Mai.
Si je persiste à n’y rien comprendre, en revanche la situation reflète le typique mélange des genres à l’argentine : idéologiquement parlant, plus personne n’y retrouve ses petits !
Comme chacun sait, le onze français s’est qualifié de manière discutable pour le Mondial sud-africain de l’an prochain. Chacun sait aussi que c’est par un autre but de la main, de Maradona, que l’Argentine avait en 1986 remporté les quarts de finale de la Coupe du Monde, avant de remporter la Coupe elle-même quelques jours plus tard. Les Argentins, qui mettent Dieu à toutes les sauces, sont totalement convaincus de l’intervention du Très Haut en leur faveur sur le stade ce jour-là : la fameuse "mano de Dios".
Mais…
Mais quand le onze français s’est qualifié de si piteuse manière la semaine dernière, l’ensemble des médias locaux faisait chœur pour faire remarquer, preuve à l’appui, que l’Argentine ne détenait pas le monopole de la tricherie, dans un pays où frauder est un mode de vie.
Et la volonté de Dieu dans tout ça ? Plus personne n’en parlait !
« Certaines femmes font le choix d’avoir davantage d’enfants et d’être inactives », dixit l’Insee.
Franchement, aucun de ces brillants cerveaux de statisticiens et sociologues n’a trouvé d’autre mot qu’"inactives" pour expliquer que certaines femmes délaissent volontairement le travail rémunéré ? Merci à ces gentils fonctionnaires de cultiver dans la société française les clichés sexistes réducteurs et dévalorisants !